5 avril 2010

parler en brouette, étant de la paille

D'une certaine manière nous parlerions en brouette, mais la brouette a deux mains qu'elle tend, on peut y mettre tout ce qu'on veut, du bois, des pierres, des enfants, du fumier, du fumier surtout à la campagne c'est pas le fumier qui manque, les bras n'en tombent pas, la brouette les a ouverts et campés solidement sur ses deux pieds, s'ils ont des crampes, jamais, on compte sur eux qui la font confiante comme aucun camion ou animal ou humain, on est là main dans la main et elle avance sur la tête gentiment, la brouette et moi quand on se donne la main et qu'on avance, j'aime le grincement de sa tête qui tourne en miaulant, le miaulement de la brouette et moi, nous sommes liés pour la vie dans le moment d'avant basculer, parce qu'il faut basculer.

Nous serions aussi de la paille, une bonne paille de blé au départ, les quelques tiges échappées des bottes de la botteleuse qui bottèle à tout bout de champs, les champignons viennent à la pluie, nous pouvons moisir lentement, la lenteur s'accélère si nous sommes piétinées arrosées excrémentées et ensuite stockées et exposées et remuées, nous adorons être secouées retournées et c'est là que nous dégageons tout notre arôme de champe de champignon de bouchon propre à déboucher les quelques narines de marins d'eau douce de jardiniers, ils nous urinent dessus, nos reins aiment l'urée du matin, bien jardinées ainsi ils aiment passionnément les semences que les hommes aiment sexuellement les femmes  que le jardin sent bon que les brins que nous sommes échappés de dessous les bottes, SI TU DIS QUE LE MONDE EST GLACÉ, JE TE FAIS FONDRE.
... à suivre ...